apprentissages libres

Apprendre en liberté

Les apprentissages libres et autonomes sont une forme d’apprentissages que chacun de nous a déjà expérimenté. En effet, dès la naissance, l’enfant acquière naturellement des compétences multiples qui lui permettent d’évoluer et de s’adapter à son environnement, selon son propre rythme.

Le bébé s’exerce à la préhension d’un objet, à la marche, à l’expression orale, (…) sans que quelqu’un ne lui demande de le faire. Il le fait spontanément dans l’ordre et la durée qui lui conviennent. S’il n’est pas interrompu, il va exercer à son rythme, tout ce qu’il a envie d’acquérir, en voyant son entourage vivre le quotidien.
Cette disposition naturelle d’apprendre est innée et spontanée… Si la « flamme » n’est pas éteinte, elle peut perdurer de nombreuses années durant, et même toute la vie !

Ainsi, l’enfant grandit en absorbant comme une éponge, tout ce qui constitue les activités de son environnement immédiat, de sa famille et de son entourage proche. Il expérimente tout ce qui l’intéresse et qui lui est accessible.

Puis petit à petit, le jeune élargit son horizon. Pour finalement prendre pleinement part à la société dans laquelle il baigne quotidiennement, en apprenant une multiplicité de savoir-faire et savoirs-êtres qu’il a pu expérimenter et exercer toutes ses premières années.

Lorsque ces apprentissages libres et autonomes sont soutenus par les adultes qui l’entourent et l’accompagnent, le jeune s’outille et se forme à son rythme, avec des activités qui l’intéressent, et dans l’ordre qui lui correspond.

Prendre le temps de faire les activités souhaitées, au moment idéal où toute l’attention est disponible.

 

une vie sans frustrations ?

Les principales entraves aux apprentissages libres et autonomes sont les horaires imposés et les programmes prédéterminés pour ses apprentissages.

Mais si les horaires et les programmes ne sont pas imposés à l’enfant, cela ne veut pas dire qu’il n’en n’aura jamais ! Bien au contraire.

Vivre en communauté – d’abord avec sa famille (parents et fratrie), puis avec l’entourage élargit (voisinage, copains(-ines), grands-parents,…) – permet à chacun d’expérimenter ses propres limites et les limites des autres. La vie entraîne forcément des frustrations et des adaptations avec lesquels il faut savoir jongler.

Le jeune qui choisit librement ses activités forme ses propres objectifs d’apprentissage. Pour faire ce qu’il a envie de faire, il sera toujours confronté à des conséquences faciles à comprendre ;

S’exercer à chanter ne peut pas se faire à côté du bébé qui s’endort, du frère qui se concentre pour étudier ou du parent qui se repose, il faut s’éloigner ou reporter son envie à plus tard.
Peindre ou cuisiner demande du temps, de l’organisation et de rangement, il y a des moments plus opportuns que d’autres.
L’activité collective de loisirs hebdomadaire est fixée selon un horaire précis.
Un petit boulot ou un stage implique une disponibilité et engagement à tenir.
En se présentant à l’heure aux rendez-vous, et en tenant ses engagements, on obtient la confiance de celui qui est là pour aider ou accompagner.
En s’exerçant régulièrement,  la progression est plus rapide dans les apprentissages qui demandent de la patience et de la persévérance.
L’admission dans une école tertiaire impose des connaissances générales dont il faut tenir compte.
En prenant soin du matériel, on peut travailler ce qui nous anime, améliorer la qualité du travail et ainsi se perfectionner avec du plaisir …

Lorsque les programmes ne sont pas imposés à l’enfant, et qu’il est l’acteur principal des décisions qui régissent ses apprentissages, il comprend les conditions et les engagements à respecter. Il sera aussi capable de voir ses propres limites et pourra réajuster ses engagements si besoin.

Sur le chemin d’un projet, d’un rêve, et tout simplement pour avancer dans la vie, il y a des étapes à franchir et des difficultés à dépasser…

l’enfant, moteur de ses apprentissages

Les apprentissages libres et autonomes peuvent se développer de multiples façons, des plus informelles aux plus formelles. Simplement, c’est l’enfant lui-même qui dirige son apprentissage :

  • De manière spontanée : Au quotidien, l’enfant cherche des réponses, expérimente, pose des questions,… l’entourage interagit avec lui.
  • De manière organisée : l’enfant souhaite approfondir sur un sujet qui l’intéresse. L’adulte l’aide alors à organiser une activité thématique ou à réserver des moments d’étude.
  • De manière informelle : Grâce à des situations qui permettent une transmission ou une expérience enrichissante pour l’enfant. Par exemple, en faisant de la randonnée, l’enfant apprend à lire des écriteaux, à utiliser une carte géographique et les échelles de mesure, à s’orienter,.. en voyageant, il apprend à parler une langue par immersion… en cuisinant il apprend à calculer,…
  • De manière formelle, car l’enfant verbalise une envie d’apprendre quelque chose et l’adulte lui répond simplement, ou organise avec lui un ou plusieurs cours. Par exemple, il aimerait en savoir plus sur les échelles de mesure ou le vocabulaire d’une langue étrangère, alors le parent propose différents exercices ou des cours pour aller plus loin dans son intérêt (voire dépasser la question initiale si l’enfant est demandeur).
  • Avec ou sans pédagogie particulière : L’environnement de l’enfant peut être mis en place en fonction d’une sensibilité de la part des parents. Une famille unschooler peut très bien avoir du matériel Waldorf, Montessori, Gattegno, Reggio Emilia, Mason, (…), ou des fiches scolaires, tout en laissant les enfants utiliser de manière libre et autonome ces outils, et s’en servir pour répondre à leurs questions et leurs besoins.

Je suis parent


Comment offrir cette liberté à mon enfant ?
Les possibilités sont multiples, selon les projets familiaux, et les limites individuelles de chacun :

IEF avec Unschooling

La manière la plus complète de permettre aux enfants d’élaborer librement leurs apprentissages, est la pratique de ce que l’on appelle le unschooling. Le unschooling est un mouvement au sein de l’Instruction En Famille (IEF) (homeschooling/école à la maison/Instruction Hors Établissements Scolaires (IHES)), qui implique de suivre exclusivement les intérêts de l’enfant et de ne lui imposer aucun programme ni horaire scolaires.

Actuellement, pratiquer l’IEF est un droit dans le canton de Vaud, mais pratiquer le unschooling n’est pas légal.
En effet, la règlementation sur le canton de Vaud demande aux familles de suivre le PER (Plan d’Etude Romand) dans lequel les apprentissages y sont décortiqués et imposés selon un rythme précis. Les enfants sont également soumis aux passations des ECRs, qui évaluent avec une approche scolaire, et une palette très restrictive, leurs multiples compétences.

Devoir suivre le PER n’offre pas la possibilité d’avoir des cycles d’apprentissages différés de ceux édictés ! Suivre le PER ne laisse pas la liberté aux enfants de choisir librement leurs apprentissages et de les mener à leur rythme.
Soumettre les enfants aux ECRs, impose une pression aux enfants et aux parents. Cela demande de devoir appliquer des apprentissages dirigés, alors qu’ils ne font pas partie du projet pédagogique initial.
Le unschooling, qui offre aux enfants la possibilité de créer leurs propres programmes et objectifs, est donc incompatible avec les exigences des contrôles effectués auprès des familles.

Pour être loin de ces contrôles étatiques, certaines familles déménagent dans des pays où cette pratique est mieux tolérée, voir acceptée comme modèle éducatif à part entière. D’autres démarrent une vie de globe-trotter et vivent cette démarche en voyage. D’autres familles deviennent clandestines, ici ou ailleurs, pour pouvoir vivre librement leur philosophie de vie.
Ce sont des mesures extrêmes, pas toujours confortables, mais qui sont choisies par ces familles car elles ne peuvent pas vivre pleinement cette démarche d’unschooler en Suisse.

Néanmoins d’autres familles unschoolers sont toujours bel et bien là et continuent de vivre dans le canton de Vaud. Elles peuvent développer différentes stratégies et compromis pour pouvoir vivre au mieux cette démarche ici :

  • sensibiliser et informer l’entourage sur cette démarche particulière.
  • sensibiliser et informer leur collaborateur pédagogique sur leur approche éducative et pédagogique. En cas de besoin, discuter d’un report pour l’évaluation ou du recul d’une année afin de laisser suffisamment le temps à l’enfant d’acquérir de manière naturelle des connaissances du programme officiel.
  • développer de nouvelles manières de satisfaire les besoins de contrôle/surveillance de leur collaborateur pédagogique (portfolio des enfants, cahiers de projets, traces des activités…), sans travestir ni mettre en péril leur démarche.
  • expliquer aux enfants les règlements étatiques, et discuter avec eux des compromis qu’ils sont d’accord ou pas de faire pour être tranquilles avec les contrôles (accepter de se préparer pour les évaluations et les contrôles, travailler spécifiquement certaines matières…)

liens à venir : john holt, sandra dodd, apprentissages autonomes france…

IEF sans Unschooling

Les familles qui enseignent à leur enfant en IEF, afin de suivre le programme officiel, peuvent dégager des plages-horaires libres pour leur enfant où il peut choisir librement ses apprentissages.

Elles peuvent également pratiquer une pédagogie de projets. Les projets donnent un sens concret aux apprentissages, sont élaboré librement par les enfants, et permettent aussi d’aborder les matières académiques avec une certaine souplesse.

La difficulté de cet « entre-deux », c’est d’allier le programme, parfois assez chargé, (surtout pour des enfants qui ont besoin de plus de temps ou qui n’ont pas envie de travailler des matières) avec des plages horaires suffisamment grandes qui permettent à l’enfant d’expérimenter l’ennui, de se chercher soi-même, découvrir ce qu’il aime faire etc. Le parent apprend à lâcher-prise véritablement lors des moments convenus où l’enfant est libre pour le laisser expérimenter, sans aucune attente et sans l’interrompre.

liens à venir : ressources par rapport à l’IEF en Suisse romande : IEL, FEEL, Travailleurs de la Pensée etc.

Scolarisation classique

En cultivant le lâcher-prise vis-à-vis des notes, en se tenant loin de la pression pour la « réussite scolaire », en laissant le temps à l’enfant de trouver sa voie, et en le déchargeant au maximum d’horaires lourds, l’enfant scolarisé à l’école peut profiter d’un environnement qui favorise des apprentissages libres et autonomes.

Soutenir, accompagner l’enfant dans des projets qui lui sont propres et qui n’ont rien à voir avec son travail scolaire.

Il est aussi possible de sensibiliser les enseignants face à cette démarche, demander moins (ou pas) de devoirs, s’inspirer de l’école du 3ème type, ou des nombreuses pédagogies nouvelles qui favorisent des moments d’apprentissages libres et autonome en classe. Des idées à parsemer.

De plus en plus d’enseignants modifient leur pratique pour offrir une nouvelle approche avec leurs élèves dans le cadre de l’école publique.

liens à venir : céline alvarez, dora kunz, Travailleurs de la Pensée

Scolarisation alternative

Plusieurs écoles alternatives, toutes privées en Suisse romande, offrent à différents degrés un soutien des apprentissages autonomes.

Les écoles dynamiques sont les écoles créés complètement sur un modèle proche du unschooling. Il en existe une à Genève.

Les écoles Reggio Emilia et Montessori, sont également des approche pédagogiques où l’enfant est guide dans ses apprentissages. Il existe plusieurs structures en Suisse romande. Mais une école estampillée d’un concept, ne pratique pas forcément pleinement la philosophie de base. Cela dépend de l’investissement des enseignants. N’hésitez pas à demander de faire une journée d’observation.

liens écoles sudbury, dynamique, l’écoline st-sulpice


Je suis enseignant.
Comment offrir cette liberté à mes élèves ?

Les enseignants ont diverses pistes à explorer pour créer un environnement propices aux apprentissages libres et autonomes :

réfléchir autour de la nécessité des devoirs

soulager les enfants de la pression des évaluations

s’inspirer de l’école du 3ème type, ou des nombreuses pédagogies nouvelles qui favorisent des moments d’apprentissages libres et autonome en réorganisant la classe et l’approche vis-à-vis des activités en classe.

travailler plus souvent par pédagogie de projets avec des projets libres

demander à la direction des plages libres pour sortir avec le classe en foret ou pour des projets spécifiques.

Des idées à compléter. Si vous êtes enseignants et que vous avez des expériences dans ce sens à partager, n’hésitez pas à nous contacter.

liens à venir : céline alvarez, dora kunz


Je fais partie de l’entourage d’une famille unschooler
(un proche ou un thérapeute par exemple),
Comment accompagner l’enfant qui ne suit pas les normes sociales?

L’accompagnement d’un enfant qui vit majoritairement des apprentissages libres et autonomes, voire qui est unschoolé dans son cadre familial, peut parfois être difficile pour un proche qui ne connait pas cette approche pédagogique. Cet accompagnement peut vite devenir déstabilisant, remettant en cause des connaissances et des compétences parfois acquises de longue date.

Les parents assument un choix marginal aujourd’hui, car pour eux c’est la forme d’accompagnement qui est la plus compatible avec leur vision de la vie et de l’éducation de leur enfant. Leur choix est légitimé par les dernières découvertes en neuroscience. Ils sont les premiers à vouloir vivre ce qui sera peut-être la norme de demain.

Ces familles ont aussi besoin d’être soutenues par leur famille, et/ou parfois accompagnées par des thérapeutes.

Car il n’en demeure pas moins que ces familles vivent les mêmes situations, difficultés et émotions que d’autres familles plus classiques,… tristesse, colère, joie, séparation, deuil, handicap, difficulté dans la fraterie, complexités d’apprentissage… La palette est tout aussi vaste !

Si ces familles sont acceptées dans leur mode de vie et qu’elles obtiennent la confiance de leur entourage, sans a priori (!), elles pourront alors recevoir une aide qui leur sera précieuse.